SCHÉHADÉ (G.)


SCHÉHADÉ (G.)
SCHÉHADÉ (G.)

SCHÉHADÉ GEORGES (1910-1989)

L’écrivain libanais d’expression française, Georges Schéhadé est né à Alexandrie. Après des études de droit à Beyrouth, il commence une carrière administrative dans les services culturels du haut-commissariat de France. Il fait de nombreux voyages en France et en Europe, y noue des liens avec Bounoure, Supervielle, Saint-John Perse, Breton: Schéhadé publie son premier recueil, Poésies , en 1938. Il fait jouer, en 1951, au théâtre de la Huchette, Monsieur Bob’le , qui provoque une protestation en sa faveur de la part des étudiants et des poètes contre une critique routinière et radoteuse. Puis ce seront La Soirée des proverbes (1954), Histoire de Vasco (1956), pièces montées par Jean-Louis Barrault, Les Violettes (1960), Le Voyage (1961), L’Émigré de Brisbane (1965). Schéhadé a aussi composé le scénario et les dialogues du film de Baratier, Goha (1956).

À partir de Poésies II et III (1948-1949), l’art de Schéhadé renonce à ses exubérances et à ses arabesques, à l’humour, aux accidents heureux du langage: attentif désormais à ne poursuivre, loin des scintillements et de bigarrures, que la plus limpide évidence poétique, il entre au pays du dépouillement. L’expérience donne aux mots un autre grain, un autre poids, et ces mots font l’objet d’un tri de plus en plus sévère. Une ascèse du langage répond à celle d’une imagination qui se refuse aux écarts de naguère, aux tendres grimaces de l’humour. Le chant ici renonce à tout ce qui n’est pas l’essence du chant.

Ce pacte de la poésie et de l’humour, scellé dès les premières œuvres, mais qui semblait dénoncé dans Poésies II , voici qu’il se renoue dans Monsieur Bob’le . C’est désormais au théâtre que Schéhadé pourra exprimer cette vision poétique et cocasse à la fois de l’univers.

Bien qu’elles aient d’abord surpris la critique, déconcertée de ne pas y retrouver de savants déclics des sentiments, des effets prévus, un pathétique et un comique de confection, les pièces de Schéhadé n’en sont pas moins pleinement des œuvres dramatiques. On y trouve les jeux alternés de l’attente et de la surprise, les rebondissements d’un dialogue agile, un comique très varié dans ses moyens, et qui va de la plus haute bouffonnerie au comique le plus subtil, où le merveilleux et l’absurde ne cessent de se frôler; un pathétique aussi, qui, à certains moments, prend à la gorge; mais surtout, peut-être, ce perpétuel décalage, «ce jeu», comme l’écrit Bounoure, «source d’un humour ravissant, qui tour à tour éloigne et rapproche le plan du réel et le plan de la vie en poésie».

On est loin, ici, de l’alchimie secrète des poèmes: la poésie émane à tout instant des réalités les plus humbles. Le mythe du village, où des rapports d’innocence s’établissent entre les choses et les êtres, où les hommes et les arbres se saluent, s’anime, dans Monsieur Bob’le , d’une vie si merveilleuse que la légende de la mère de Dieu n’apparaît plus alors que comme le plus gracieux épisode d’un folklore villageois.

Mais ce n’est là qu’un aspect de ce théâtre. Car Schéhadé ressent aussi l’attrait de l’insolite, et il se sent entraîné vers les plus diaphanes architectures du songe: le rêve et les états proches du rêve, qu’il évoque dans son dernier recueil de poésies, Le Nageur d’un seul amour (1985), ont presque toujours, chez Schéhadé, une valeur de révélation. Lorsque Monsieur Bob’le délire, surpris par la mort dans l’hôpital d’un port inconnu, jamais les choses et les êtres n’ont été plus présents, plus près de leur essentielle vérité, que dans la vision issue de son délire.

Si le songe éveille et révèle, l’ambiguïté fondamentale de sa nature permet à Schéhadé, par une démarche exactement inverse, de dénoncer aussi, à travers lui, l’irréalité de notre univers. Un jeu d’ombres, avec l’absolu pour toile de fond, c’est bien ainsi que nous apparaît, le plus souvent, le théâtre de Schéhadé. Ce sont bien des ombres que ces tendres marionnettes qui font un petit tour sur la scène puis s’en retournent vers leur pharmacie ou leur école, vers la mer ou vers la mort. Ou, plus exactement, le spectateur se demande si ce sont des hommes ou des ombres, et son plaisir est inséparable de cette ambiguïté même. Le mystère à la fois enfantin et profond de cette œuvre la rapproche de la fable, ou de la pantomime: c’est d’ailleurs ainsi que Schéhadé a défini L’habit fait le prince (1973).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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